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Photographie - Dago expose "ses"
femmes à la Biennale de Venise
Des femmes en chair et en
couleurs. Un morceau de
voile sur le corps, dans une posture qui traduit une fausse
désinvolture. Des mèches en bataille, lallure
offrant au vide un corps expressif, des coups de peinture
sur une silhouette enduite dargile de Sébikotane*.
Cest cela Terre Femme d'Ousmane Ndiaye
Dago. Cet album reflète loption artistique
de ce graphiste, designer et photographe au feeling bien
iconoclaste. Il jette la peinture et la sculpture dans les
bras de la photographie. Ce projet artistique lui a valu
de participer à la prochaine Biennale des Arts de
Venise, du 6 juin au 5 novembre prochains. Dago est le deuxième
Sénégalais, après le regretté
plasticien Moustapha Dimé, à trouver place
à ce banquet des artistes. Cet événement
est le top des tops. Il rehausse la signature, précise-t-il.
Terre Femme , son uvre, trônera
au Plateau de lhumanité, thème
général de lexpo de Venise et lui, sera
logé à la section Plate-forme de la
pensée . Dago aime bien les silhouettes de
femmes. Artistiquement. Il les enduit dargile, les
peint aux multiples couleurs et les mitraille de ses de
flashes. Ses uvres sortent du cadre de la simple photographie.
Les aspects picturaux et morphologiques campent la sculpture
et la peinture.
LA PHOTO, UN ART ?
Lartiste, au bout dune quête didentité
créatrice, a mûri lidée de créer
un alliage des trois modes dexpression artistique.
Un coup de génie assez révolutionnaire.
Jai constaté que, quand on parle dart,
97 % des artistes sont des peintres et 3 % des sculpteurs.
Mon problème est que lon sache que lart
graphique existe aussi. A un moment, jai introduit
la photo. Cétait difficile car, au Sénégal,
on nachète jamais la photo en tant quuvre
dart. Dans les maisons, cest plutôt la
photo du marabout ou de la famille. La photo nest
pas considérée comme de lart ,
commente-t-il. Au début, cette remarque la
fait réfléchir sur un concept qui ramasse
celui de peinture et de sculpture. Jai pris
un élément que tout le monde regarde, la femme.
Lorsque quelquun regarde ma photo, il pense à
une sculpture ou à une peinture. Cest devenu
de lart. Jai voulu que lon dise, au Sénégal,
que la photo, cest de lart. LEurope a
reconnu cette conception de dimension internationale ,
explique Dago. Chez lui, les grandes dates se chevauchent.
Outre Venise, il va participer, le 29 de ce mois, à
lexposition internationale de Barcelone avec comme
thème, Afrique : lartiste et la ville
. Il y sera avec deux autres Sénégalais,
Viyé Diba et Kan Si. Du 15 juin au 30 septembre prochains,
il retrouvera son sujet de prédilection, le corps,
à la Biennale de Valencia, en Italie, sur le thème
: Le corps de lart . Par le passé,
il a participé à la Biennale de graphisme
et de design de lex-Tchécoslovaquie et à
une expo photos en Hollande.
LE FEELING ET LES NORMES
Le succès de ses silhouettes de femmes sexplique,
selon lui, par le feeling. Nous avons le feeling
que les toubabs (les Blancs : NDR) nont pas. Ils viennent
chez nous chercher ce feeling : cars rapides, objets de
récupération, etc. , dit Dago. La création
en terre africaine ne doit pas tomber dans le piège
du refus du progrès, précise-t-il.
En Afrique, nous avons le feeling sans lécole
, analyse le photographe. Il faut que nous
allions à lécole pour savoir quil
existe trois couleurs primaires, des couleurs secondaires,
des couleurs chaudes, des couleurs froides, etc. ,
poursuit-il. Après les Beaux-Arts de Dakar, Dago
a séjourné à lAcadémie
des Beaux-Arts dAnvers (Belgique) doù
est sortie une sommité mondiale de lart, Van
Gogh.
Luniversité de Chicago (Etats-Unis) lui a consacré
un livre, Public Culture , paru lannée
dernière. En octobre, un nouveau livre parlant de
lui et de ses uvres devrait être dans les rayons.
Léditeur est Giampaolo Prearo, un Italien.
Ce document sera préfacé par Achille Bonito
Oliva, critique dart et directeur de la Biennale de
Venise. Dago a également réalisé les
logos de grandes sociétés de la place et des
pochettes de quelques musiciens dont Alioune Mbaye Nder
et Youssou Ndour.
ENTRETIEN REALISE PAR HABIB DEMBA FALL
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